KRAUTROCK 2
Comment un tel mouvement put-il éclore en Allemagne et pas en France ?
On peut déjà constater, ce n’est guère original, que Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Wagner, Stockhausen, la musique sérielle (Berg, Webern, Schönberg), la musique électronique, pour ne citer que cela, viennent d’Allemagne ou d’Autriche. Il ne s'agit pas d'une liste de nom mais bien de personnes qui ont fait avancer la musique, qui lui ont laissé une trace indélébile. Depuis deux siècles, la contribution de la France se limite à la musique concrète (Pierre Schaeffer, Pierre Henry) et à l'introduction masive des perscussions dans la musique (Berlioz, Varèse, les percussions de Strasbourg...)…
En ce qui concerne le rock, dans les années 60, la situation était claire : le rock est anglais ou américain. La France ne trouvait pas vraiment sa voie entre la reproduction docile de l’idiome anglo-saxon et la définition de ce label crétin : « Rock français ». Celui-ci a longtemps souffert de producteurs incompétents. Quand le rock français a vraiment commencé d’exploser, avec Téléphone (ou Indochine) c’est parce que ce groupe est allé se faire produire en Angleterre par George Martins (Beatles) ou par un ancien producteur des stones. En France, on imite le modèle anglo-saxon.
La France est fière, elle a gagné la guerre, elle fanfaronne et elle se regarde le nombril. Il y eut bien de beaux combats comme celui du Larzac. On disait « Non à la guerre, à bas l’armée » mais on disait aussi : « Gardarem lou Larzac ! » (« gardons le Larzac ») C'est-à-dire 1) : à bas la guerre 2) : vive la Provence et l’occitan. On n’aime pas la guerre car on est bien chez nous. D’ailleurs les influences folk furent prépondérantes en France : Stivell, Mélusine, Malicorne etc…
Or l’Allemagne déteste l’idée de terroir. Ils ne savent que trop bien où mènent les idéologies « du sang, de la terre et de la race ». Ils ont honte. Ils ont perdu la guerre et les américains sont chez eux. Ils portaient la blessure absurde du mur de Berlin. Ils étaient aux avant-postes de cette ambiance anxiogène de l’époque, la guerre froide. Les allemands (génération après-guerre) ne se sentent pas bien chez eux. Vous l’avez remarqué : aux moindres vacances, ils partent de chez eux.
Parce que les américains occupent leur territoire, ils connaissent très bien le rock. Aujourd’hui encore, les grands groupes anglo-saxons visitent la RFA bien plus souvent que la France. Mais surtout, il y avait Karlheinz Stockhausen !
Celui-ci, cantonné en France dans la sphère de la "musique contemporaine", sagement enfermé dans la case intello-élitiste, ne souffrait pas chez lui de cet élégant ostracisme. Il y avait en Allemagne une sensibilité organique et totale envers sa musique et sa démarche futuriste. S’il a influencé en France Michel Portal, le milieu jazz national éradique complètement cette paternité et produit les plus pénibles galipettes intello pour arriver à ses fins. Stockhausen assista au Fillmore West de San Francisco à un concert du Jefferson Airplane et il en est ressorti en disant : « Je me suis éclaté » Les deux fils de Stockhausen, Markus et Simon, font entre autres, du rock. Si Catherine Ringer (Rita Mitsouko) a effectué des stages avec Iannis Xenakis, elle doit bien être la seule à s’être ainsi « compromise » avec un autre monde que le binaire. Combien de membres de groupes rock allemands étaient d’anciens élèves de Stockhausen (et autres..), la liste serait trop longue !
Cette influence, c’était celle de « Kontakte », « Hymnen » et « Kurzwellen », trois œuvres électroniques majeures de Stockhausen. Kontakte, pour piano, percussions et sons électroniques (1960, soit quatre ans avant l’apparition des premiers synthétiseurs Moog ), fit l’effet d’une supernova dans le monde musical : un éclat sidérant, la synthèse spontanée d’une nouvelle forme de la musique. « Hymnen » (1966), œuvre électronique qui reste inégalée à ce jour, quatre faces en progression, la « Région IV » constituant un sommet cette « l’expérience limite »… Kurzwellen, pour percussions, piano, et divers autre instruments et des postes de radio ondes courtes et autres bidouillages électroniques : le monde apparaît comme disloqué, sur un océan céleste où flottent les débris du monde contemporain réduit à une épave noyée dans la vase. Des sons épars qui flottent comme des bouteilles jetées à la mer. Kurzwellen et Hymnen, une musique des sphères, d’un cosmopolitisme radical, une musique où l'on se sent planer comme un satellite. Hymnen, qui consiste comme son nom l’indique, à « massacrer » des enregistrements de divers hymnes nationaux, dont celui de l’Allemagne, à bien sûr été catalogué comme une provocation ordurière par les droites de tout poil, notamment allemandes. Les allemands ne s’exilent par seulement sur la côte d’azur ou la Costa brava, au Maroc ou en Afghanistan : ils flottent dans l’espace, signe du refus d’une culture nationale et expression d’une musique sans racines, sans nations, sans frontières, sans barrières, sans racisme. En ce sens là, Stockhausen fut le plus résolument rock et baba de tous les musiciens du XX° siècle, dès 1960…
Le rock allemand des années 70 était nourri de cet esprit là…
(A suivre…)
Commentaires
Par bsf le 05/09/2008 à 22h11
C'est sûr que la bannière serait plus belle avec une photo d'Anaïs...
Par Azy222 le 05/09/2008 à 21h35
En vérité la bannière du blog m'avait d'abord fait penser aux photos de la chine prises par A. (qui était en terminale l'année dernière) et postées sur ce blog... je m'étais donc dit que ça allait parfaitement avec l'esprit du blog.
Autre chose : j'entends au loin mon frère mettre le thème principal du Château Ambulant (film, Hayao Miyasaki, musique Joe Hisaishi) et c'est magnifique... Je ne ferai pas un développement saupoudré de lyrisme de bas étage parce que je suis crevé, mais je vous le conseille (à tous)
Par bsf le 04/09/2008 à 07h40
La France ? Des paysages magnifiques, une qualité de vie exceptionnelle, une capitale scintillante, le premier exportateur mondial d'hélicoptères, ses réalisatiosn aéronautiques, terre du premier vol en avion et du premier envol d'un passager aérien (Pilâtre de Rozier... c'était un lorrain en plus !), terre des droits de l'homme, du pinard, des fromages (je m'en passe), terre ^^ de la première plongée sous-marine evec scaphandre autonome, berceau de la photographie et du cinéma, terre d'élection de la peinture, de l'impressionisme, du surréalisme, terre de poètes, parfums, haute-couture,... et dont Nietzshe disait : "Si les compositeurs français n'avaient jamais existé, la musique ne s'en serait pas plus mal portée !" En France, on peut tout faire.. sauf INVENTER de la musique.
A part Magma, qui en France a inventé une musique ? Univers zéro ? Ils sont belges !!! Art Zoyd ? C'est pompé sur Magma...
Sujet de méditation : Stockhausen a dit : "Il ne faut pas écrire des compositions, mais de la composition."
Par bsf le 04/09/2008 à 07h27
La vue parisienne en arrière plan ? Tout simplement parce que c'est une déco proposée dans un catalogue de Lexode.com, je l'ai choisie pour les teintes, je n'avais même pas remarqué la tour eiffel au fond...
Vous voyez, en matière d'informatique, je suis comme un groupe français : je prends ce qu'il ya a, le l'arrange un peu à ma sauce, éventuellement avec du talent, et c'est tout. Je n'ai pas les moyens d'être un edgar Froese ou un Conrad Scnnitzler, et d'inventer une déco pour ce blog que personne n'aurait jamais vue ni imaginée, qui ne ressemble à rien d'autre... Ha ha ha !!!
Le krautrock, le rock français : aux premiers on dit "vous êtes malades les mecs !? c'est n'importe quoi !!! 'faut aller vous faire soigner ! La vache, il faut être arrangés pour faire des trucs pareils ! Allez vous faire voir !". Aux seconds on dit "c'est bien les mecs, vous êtes bien dans la norme! Pas trop de vagues, soyez sages ! tenez, voilà votre récompense : une "victoire de la musique"! "... Ouaiiiiiis Génial !
Et toc ! (= ^^ <3
Par bsf le 03/09/2008 à 21h37
La musique bretonne oui c'est cool, et forcément unique.... Mais dans le genre musique populaire entraînante et planante à la fois il ya aussi la musique folklorique scandinave qui est assez gratinée. Et la musique klezmer !........
Par Delilah le 03/09/2008 à 18h43
Par exemple Claude François? (=
Je crois que les américains aiment beaucoup Daft Punk et Justice. Mais une autre chose que le reste du monde n'a jamais eu: la musique bretonne! Rien de tel que ça, accompagné d'une chope de "potion magique".
Par Arthur le 03/09/2008 à 17h52
Je connais sûrement beaucoup moins bien le krautrock que vous... mais je connais un peu Ash Ra Tempel, Tangerine Dream, Neu !, Krauftwerk et Can...
Can sont mes préférés, avec leurs rythmes obsédants assez jazz...
Le reste, ça va 2 minutes, au-delà je sature. Ca a sûrement influencé plein de monde, mais je préfère les influencés ^^
Et sinon pour la musique en France, je pense pas qu’ils faillent s’auto-flageller à ce point-là… Les Rita Mitsouko, ça vaut tout le krautrock ^^
C’est sûr que le rock n’est pas une spécialité française… mais y a plein d’autres choses…
A demain!
PS : Pourquoi cette vue parisienne en guise d'arrière plan ?
Par Azy222 le 02/09/2008 à 22h45
Puis, au XXIème siècle, une bande d'ados ayant trop bu de coca sort durch dem munsum... Mais passons.

Côté "rock français", il ne faut pas oublier, bien que ça vienne après les années 70, l'excellentissime groupe Noir Désir dont les albums ont tous une touche différente... Du Ciment sous les Plaines ou 666.667 Club si on veut de la disto et des rythmes rock assez classiques, Des Visages Des Figures, mélodies touchantes saupoudrées par les textes de Betrand Cantat (le vent nous portera, un pionnier du genre...
Petite note amusante : Archive adore la France, et enregistre tout chez nous (leur concert, Live at Zenith, était celui à Paris... Tout comme Lights, ou bien Umplugged...)
Bonne soirée
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