LE SPHINX DE SHIDU
Le sphinx de Shidu -1
(première partie... c'est une longue histoire qui commence...)
L’erreur est de croire que le voyage nous enrichit. On dit toujours ça quand ion revient de voyage. Que c’était très beau, forcément (comme il fait toujours beau sur la plage) – je ne suis pas sûr que le Chine soit très belle, en tant que paysage physique et les villes sont laides et de plus en plus brutales, la merveilleuse Pékin se saignant pour devenir un décor de Blade Runner -, et ensuite que nous nous sommes enrichis.
Y’en a pas marre d’être toujours plus riches ? N’allons nous pas, en vérité, nous appauvrir ? C’est à dire lacérer les certitudes en un zigzag trop complexe, rapporter la mélancolie qui nous enlace avec le lent secret du monde, suivre le mouvement qui nous ramène boiteux au terroir, garder le silence de celui ou celle qui l’a regardé dans les yeux et ne peux plus rien dire.
Quand on voit de quoi les gens sont riches après être revenus de voyage, sans hésiter, je préfère être pauvre. On revient de Chine : " C’est un pays en plein développement ! "… C’est con d’avoir consommé tant de kérosène (pour un aller et retour Paris-Pékin, environ 550 kilos de kérosène par passager..) pour rapporter ce que n’importe quel mass-media ne cesse de nous bourrer le crâne.
" La Chine, c’est très différent ! " Ici, on ne prend pas de risques à poser la question " en quoi ? " à ce nouvel érudit ! La réponse durera à peine deux secondes embarrassées et bredouillantes, alors que la Chine est effectivement un trésor inépuisable. Et ce serait un moindre mal : les " bavards " sur la Chine sont rarement passionnants… Quant à " les hommes sont yang et les femmes sont yin " : c’est de la métaphysique chinoise de la région de Vierzon. Bref, que de kérosène brûlé pour rien !
Pékin, dans une ruelle maussade perpendiculaire à l’avenue Nanmofang, dans une petite gargotte à midi, une dizaine de stagiaires de l’université Beigongda toute proche. Il y a avait les " nouveaux ", arrivés quelques jours auparavant seulement et les " anciens " qui terminaient leur stage de trois mois. Je faisais partie des premiers, mais je n’étais pas à mon premier séjour. J’étais le " vieux " de la bande, tout le monde avait entre 18 et 22 ans. Les seconds, fiers de leur " expérience " étaient prodigues en conseils en tous genres. Parmi eux, une était particulièrement " généreuse " et volubile, certainement très performante du côté du synapse car après trois mois à Pékin, son érudition était sans pareille. Et voilà qu’elle posa la question qui tue, l’énigme qui peut vous ouvrir la clé du monde : " …Et vous avez trouvé les endroits les moins chers ? "… Nous pénétrions là dans l’intimité des dieux et du sacré, attention, maintenant la Chine nous était ouverte ! Cette fille tarée, bien sûr, les connaissait ces fameux cénacles " où tout est moins cher ", faisant de la Chine un vulgaire Conforama, - toutefois je crois repérer une faille dans son érudition : " Qu’est-ce qui lui permet d‘affirmer que les endroits les moins chers qu’elle connaît sont bien les moins chers ? " : réponse, la portée de ses phares dans la nuit de sa suffisance -, et elle nous rappelait cette évidence : le voyage, c’est acheter ! Curieuse façon de s’enrichir !
Dans la touffeur malsaine d’un été pékinois, je buvais une bière assis à la terrasse du bar branché qui se trouve tout au bout de la rue Liulichang-Est, là où cette rue huppée, clinquante et attrape-touriste se dissout dans l’entrelacs de ruelles du vieux Pékin, au sud-est de Tiananmen. Ce bar est cher, c’est sûr : 20 yuan la bière Yanjing que l’on paye habituellement 4 ou 5 yuan. Mais pour une fois que je m’embourgeoisais à m’asseoir dans un fauteuil alors que d’ordinaire je bois assis par terre ! Et 20 yuan, ça ne fait jamais que 2 euros !
Les serveurs, debout au bord de la terrasse guettaient le chaland. Une européenne passa, 50-60 ans, une bobo adipeuse et bouffie que les serveur zélés invitèrent : " You’re welcome ! Please come in and have a drink ! " La pétasse, sans un sourire : " Certainly not ! You are too expensive ! ", dans un parfait globish, cet espéranto navrant du touriste, et sans le moindre sourire, juste sa fierté de parisienne rive-gauche. Elle ne parle pas un mot de chinois mais elle est dans le secret des dieux, elle possède le gai-savoir du vrai globe-trotter : elle connaît les prix ! ! ! (et dors très certainement dans un hôtel 3 étoiles, dépense 100 kuai par repas, ne prend le train qu’en " couché-mou ", et sera ce soir affalée dans un fauteuil rose fluo d’un bar huppé de Shishahai , et j’en passe…)
La rue Liulichang étant fort prisée par les touristes, ça n’est pas la seule anecdote désolante que j’y ai pu vivre. Une autre fois, quasiment au même endroit, mais assis par terre cette fois, toujours à me rafraîchir de quelque boisson gazeuse glacée, j’ai vu arriver un couple à l’air plutôt sympa, des jeunes, trentenaires. Lorsqu’ils virent, au bout de leurs derniers pas, que la rue partait en se tortillant dans les profondeurs populaires de Pékin sans autres commerces que des marchés hallal encombrés de mouches, de crachats et de chinois, monsieur dit : " Il n’y a plus rien par ici ! " et derechef entamer ensemble leur demi-tour convenu.
….Il n’y a plus rien ! ! ! ! Juste le " vieux " Pékin, mourant et encore si plein de vie ! Voilà ce qu’il y a ! … Mais pas de commerces à verroteries, donc rien à faire parce que.. rien à acheter ! Voyager, c’est acheter, encore une fois. Dommage. J’en avais les boules pour eux, ils avaient l’air plutôt cool….
Même rue, une autre fois encore. Je la remontais à pied et aperçut une famille – monsieur, madame, et les deux enfants, comme dans la pub - , plutôt aisés car ils s’étaient offerts les services d’une guide francophone individuelle. Ils descendaient la rue tranquillement et sans rien dire. D’ailleurs, que peut-on bien dire de la rue Liuilichang sinon qu’elle se situe à l’emplacement des usines où furent vernissées les tuiles de la cité interdite (c’est d’ailleurs le sens de liulichang) ? Je continuai de m’approcher d’eux et madame m’aperçut. Il était donc impératif, selon elle, de faire parade de son érudition à moi qui avait l’outrecuidance de me promener seul et non en groupe dans Pékin. Elle attendit manifestement que j’arrive à leur niveau, elle s’arrêta, désigna la maison qui était devant elle et qui eût pu être n’importe laquelle et s’exclama : " Ooooooooh ! Ce hutong est magnifique, vraiment très joli ! Vraiment, de tous les hutong de cette rue, c’est le plus raffiné ! " Je continuai ma progression vers mon vélo, sans rien laisser paraître, mais je pouffais intérieurement : Quelle remarquable érudition ! J’étais bluffé ! Bravo madame, vous avez réussi votre coup : je la raconterai aux élèves à la rentrée !… Je rappelle au passage qu’un hutong, toponyme pékinois, du mongol hottog " point d’eau ", désigne une ruelle et non les maisons qui s’y trouvent, pauvre conne !
Rue Nanluogu, quartier des tours de la cloche et du tambour, un autre hutong (très " joli " aussi !). Assis sur cette sorte de tabourets chinois suffisamment allongés pour qu’on puisse s’y asseoir à trois, je feuilletais tranquillement l’édition du jour du Beijing wanbao, devant l’auberge de jeunesse où je logeais avec ma famille. Le son des clochettes apparut dans cette calme ruelle, annonçant l’arrivée d’un troupeau de soi-disant " pousse-pousse " - ce sont en réalité des rickshaws - , qui promènent les touristes dans " le vieux pékin ". Pour beaucoup, il y a, au nord-ouest de la ville le " vieux Pékin ". C’est absurde, c’est de l’urbanisme européen plaqué sur cette ville. Le " vieux Pékin ".. c’est Pékin tout simplement ! Tout du moins… ce qu’il en reste. Si toutefois, ces gens savent que c’est au nord-ouest : ce serait dommage de ne pas se repérer dans Pékin : cette ville, au plan concentrique et orienté, est une mise en abîme de l’univers, il n’est pas inutile de savoir lire cette ville de cette façon : elle a été conçue pour ! Cela dit, je ne me moque pas : pour un touriste " pressé " par le programme et le guide chinois stressé, ce doit être évidemment délicieux de se laisser promener dans les hutong en rickshaw.
La colonne de rickshaw se rapprochait, je n’y prêtai guère attention, et soudain un touriste cria : " Stop ! Stop ! " La colonne pila, la voiture de tête juste devant l’auberge de jeunesse. Le touriste fébrile sauta du rickshaw et remonta la rue sur une petite dizaine de mètres, afin de photographier une entrée de " maison assez jolie ". Le plus drôle, c’était sa femme, paniquée et sidérée qu’elle n’avait que son visage incrédule, son regard suppliant, son souffle court et sa main tendue dans le vide pour dire " mais tu es fou ! remonte tout de suite ! tu vas te faire égorger ! " Je me souviens avoir lu dans un magazine de BD, un " reportage " réalisé à Pékin par deux jeunes reporters, des parisiennes " lookées " et branchées. Visite dans les hutong, chez un masseur (c’est très à la mode) et elle insistaient pour dire l’urgence que le thérapeute chinois termine les soins qu’ils leurs prodiguaient car : " Il allait faire nuit ! " et semblait impératif de sortir de ces quartiers avant le coucher du soleil. Pour y avoir traîné des heures en pleine nuit, je me dis que les fantasmes pas cher genre " c’est dangereux ", c’est facile, c’est pas cher et ça rapporte pas mal de frime.
Pendant que monsieur soignait ses cadrages et ses compositions, le chauffeur désœuvré promenait on regard qui tomba sur moi. Il me lança, heureux : " Ai ! Ni hui kan zhongwen, shi bu shi ! ? " " Hui yi dian’r " lui répondis-je. Il se tourna vers les touristes et leur dit en chinois : " Regardez ! Il y a quelque chose de plus intéressant ici ! Un " comme vous "qui lit le chinois ! " Bien sûr, personne ne comprenait rien mais comme il me désignait du doigt, les regards se rassemblèrent sur moi et la femme du photographe enthousiaste finit par m’apercevoir : elle me tira aussitôt la tronche et détourna ses yeux de ce spectacle insoutenable de provocation : c’est sûr, je suis un vrai salaud ! Elle qui se réjouissait de frimer devant ses copines au retour en leur annonçant qu’elle avait exploré le vieux-Pékin et ses coupe –gorge, qu’elle était donc une aventurière, elle découvrait que non seulement on pouvait y être assis tranquille la clope au bec mais qu’en plus, on pouvait être européen et lire le chinois. Je suis vraiment une ordure de lui avoir fait ça !
Commentaires
Par bsf le 09/09/2008 à 10h36
Aaaaaaaaaaah ....Jaisalmer ! Oh MR,... évoquer cette merveille ici, c'est trop bien !....
....Les touristes : Pingyao en chine c'est Aigues-Mortes "tu trouves pas chérie?".... Un soir que je grimpai seul sur la muraille à Huanghuacheng (le soir de l'orage...), j'ai croisé les trois derniers touristes qui en redescendaient (il faut reconnaître à leur décharge qu'ils n'étaient pas sur les passe archi-touristiques de Badaling ou Mutianyu), les entendant parler français, j'ai même eu peur de leur dire un "hello" qui aurait peut-être engagé une "conversation", et je les ai entendu dire "ça me rappelle une ballade à Etretat..."
Par MR le 09/09/2008 à 09h06
Rien de plus agacant que ces comportements chauvins franco-francais genre " ici, c'est chez nous " mais qui n'en loupent pas une pour conclure sur " c'est quand même mieux à la maison " .
Je me rappelle, lors de mon premier voyage en Inde, on avais été voir les fortifications de Jaisalmer, une ville superbe au milieu du desert du rajahstan. Et au milieu de tout ca, un couple de retraités francais, bob sur la tête, carte à la main et lunettes de soleil ( l'archétype du touriste, quoi ) ... et la femme s'exclamer " dis, chéri, tu trouves pas qu'on dirait carcassonne ? " Je vous jure . Féroce envie de lui coller une baffe ...
Quand aux fumeurs, je confirme qu'on est de plus en plus stigmatisés ! Il suffit qu'on tousse pour qu'un non-fumeur nous tombe dessus d'une voix hargneuse " Bah arrête de fumer ca ira mieux ! " Mais en quoi cela le concerne merde ?? Qu'est-ce qu'il en sait au juste si j'irai mieux ou quoi ... La cigarette est pour moi et un luxe et un échappatoire ( il faut bien le reconnaitre ). Un luxe parce que j'aime ca tout sachant que mes poumons n'apprécient pas. De plus, c'est de plus en plus cher ... Et un échappatoire parce que ca occupe, ca comble l'attente ... comme beaucoup de choses, en soi .
Par bsf le 08/09/2008 à 14h47
Beau texte AZY 222 ! Oui, s'assoir dans un restau ou un bar sans rien d'autre à échanger que des bonjours amicaux parce le menu est connu d'avance, c'est super ! Il y a cinq ou six restaus à Pékin où ça se passe comme ça pour moi. Mener une autre vie, c'est le truc. Même s'emmerder est important en voyage. JP Kauffmann, un reporter français, dit : "Vous ne pouvez aimer vraiment un pays que si vous vous y êtes ennuyé!" Que cela est juste !
Le coup des cigarettes est aussi très révélateur. Je me souviens, dans le parc du tiantan (temple du ciel) à Pékin, en 1999, je me balladais avec quelques jeunes stagiaires. Magali, 18 ans, sort une clope et "je ne sais plus qui", même âge à peu près, un mec qui claironnait urbi et orbi qu'il était "bouddhiste" (mon oeil ! Si on frime avec le bouddhisme, on est aussi bouddhiste que la pape...) lui dit : "T'es bien conne de fumer ! Quand tu mourras d'un cancer, tu viendras pas pleurer !" Quel nul ! Si Magali fume, c'est qu'elle a déjà une vie en désordre, en secrets et douleurs éparses au fond du sac à main, des petites taches de sang. Elle vit, quoi ! Et puis j'adore les femmes qui fument, je trouve le geste et l'objet très féminins. Cigarette comme un tampon incandescent pour chaque échec de l'existence, pour chaque baiser qui n'a pas eu lieu, pour chaque désir sans suite, pour chaque regard qui n'a pas d'écho. Mais lui, ce frimeur pédant qui sait tout et qui a toujours raison, il ne sait rien de tout ça, il est "du bon côté", celui qui "permet" d'écraser les autres sans rien écouter ni aimer. Une attitude débile, primaire et binaire à un bit : tu fumes, tu fumes pas. Alors oui, demander une clope quand on fume pas, c'est trop fort pour eux. Quand ma mère, non fumeuse, était enceinte de mes soeurs jumelles, son "envie de grossesse" ce n'était pas les fraises ou la chantilly, c'était les cigarettes !!! Elle a fumé pendant toute cette grossesse et elle a arrêté aussitôt l'accouchement. C'est pas génial ?
Quand aux gens qui parlent fort, partout et en tous temps, moi aussi ça me tue... En la matière les touristes français assurent bien, mais le pire, je trouve, c'est les américains : ils ne parlent pas, ils braillent. Je me souviens d'une famille américaine dans un jardin de Suzhou : on les entendait dans tout le jardin.
Par Azy222 le 06/09/2008 à 22h47
C'est le genre d'endroit où on se sent moins touriste qu'on ne l'est! j'aime ce genre de vacances : on va dans une ville qu'on connait relativement bien, et on vit. Dans ma petite ville de montagne c'était pareil (nostalgie) je plaignais les touristes français (car il y en a) à moitié paumés qui de temps en temps se la jouaient "ici c'est comme chez nous"
les salades et j'en passe.. On est en montagne. Pas dans la campagne ou on va bouffer sur une nappe avec les quarante paniers. Ces braves gens, se croyant seuls, faisaient profiter à toute la vallée leur vie passionnante (une d'eux parlait de son père macho qui lui a donné envie de changer ses roues toute seule. Soit.) On n'avait pas l'impression d'être en pleine nature. On se croyait à Campo Smith (un lieu plus que touristique et moche à souhait où tous les glandus s'arrêtaient pour aller dans un bar hors de prix et regarder le magnifique paysage : un hotel immense à droite, un télésiège devant, et un mini parc d'attractions à gauche...) on se croyait là bas en les voyant exposer toute leur importance de franchouillard fier et digne... Mais je m'emporte, et les juger n'était pas mon intention de départ. vous allez comprendre.
Par exemple... On avait décidé d'aller passer quelques heures au bord d'un lac, il lago verde et glander avec un sandwich et des cartes (maximum) dans mon habitude d'antisocial modéré je me suis isolé un instant du groupe (dont un a entreprit de grimper en haut d'un énorme tas de rochers, un coup à provoquer une chute de pierres..) et j'ai regardé, passionné, la vie montagnarde d'une famille française qui avait l'air très fière de son occupation bruyante du lac, en face de moi, assis sur un rocher (j'adore) les genoux sous le menton, les bras autour des tibias. Alors arrive l'heure du pique-nique spécial touriste fier de soi... vas-y que je te sors l'équivalent d'un repas de famille, la pizza, le tup plein de fruits rouges ("du jardin de machin"
Nous décidons de repartir, et un ami ressent l'immense besoin de s'en griller une. Il demande à mon frère de demander une cigarette à ces chers touristes qui ont appris le guide michelin par coeur. La question étant posée, ils rient aux éclats et disent "Nan! on n'est pas fumeurs, NOUS!"
...
Bon, personnellement j'allais répondre "Mais je t'emmerde occupe-toi de ton cul!" mais ça aurait été peut-être un peu choquant, ce qui aurait gâché leur journée "la famille X en vadrouille dans la nature". je me contente de répondre bêtement "nous non plus..." et l'autre con de répondre "Ah vous fumez pas et vous demandez des clopes?" ... ça mérite des claques. Pendant un instant j'étais du côté des fumeurs, chose très rare pour moi. Cette famille parfaite de magasine m'avait incité à l'être. Autant les fumeurs me dégoûtent un peu, autant je ne crache pas à la gueule de quelqu'un qui me demande une clope que je n'ai pas. Eux, si. Ils incarnaient papa sain et maman saine, avec fils cousins oncles neveux sains dont la moitié va se droguer dans quelques années. Ils étaient des gens de la montagne, qui veulent respirer l'air frais et courir après les marmottes. Mais tout ça jamais avant un pique nique copieux ressemblant à un buffet à volonté (14¤50 au nouveau siècle) avec leur sac spécial montagne et leur chaussure spécial pierres trop grosses... à noter que ce lac est accessible à pied à partir d'un refuge en trente minutes.
Mais je m'égare (et pas seulement d'Austerlitz) tout cela pour dire (très mal, j'en suis conscient) que le meilleur en vacances, c'est aussi de se sentir un peu chez soi, d'avoir l'impression de mener une autre vie, de ne pas vouloir connaitre le français pour avoir la paix et ne pas entendre les conneries touristiques flottant dans l'air. En vacances il y a certes l'enthousiasme d'être dépaysé, mais il ne faut pas oublier celui de se sentir chez soi sans l'être.
Exactement comme quand vous lisiez le journal local sur un banc. Vous ne vous sentiez pas un peu chez vous? Une appropriation affective du lieu, un petit plus que vous avez par rapport aux simples touristes? comme quand j'arrive à la terrasse du caffè torino avec mon bouquin et ma musique et que le garçon - qui me connait - sait tout de suite ce que je vais prendre... ça ne donne pas envie de partir.
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