D'abord, une petite correction : dans l'article sur "cosmologie chinoise..." je me suis trompé complètement de nom pour l'hexagramme à présenter : fu rong, ça n'a aucun rapport, cela signifie "nénuphar" !... Le nom correct est donc "ZHONG FU", "la vérité intérieure".
Qu'est-ce qu'un hexagramme ? C'est une figure composée de six traits (d'où son nom) qui peuvent être soit continus (lianxian) ou creux (xuxian): les premiers correspondent au yang et les seconds au yin. Puisqu'un seul trait peut revêtir deux formes, deux traits associés représentent 2 à la puissance 2 possibilités de combinaison, soit quatre, Trois traits, 2 puissance 3 soit 8 possibilités (ce sont les huit trigrammes), et donc, pour 6 traits superposés on a 2 puissance 6 soit 64 possibilités de combinaisons. Ces 64 hexagrammes constituent le socle d'un ouvrage passionnant : le Zhou Yi, ou Yi Jing (Yi King en transcription EFEO), le "Livre des Mutations" au sujet duquel le nombre de bêtises qui peuvent être dites est incommensurable. Nous en reparlerons plus tard. Retenons que chaque hexagramme est une description d'une situation donnée. Mais ce qui est important, c'est qu'un hexagramme est "sélectionné" selon une démarche particulière, et que celle-ci induit toujours la confrontation de l'hexagramme selectionné avec un autre hexgramme, qui, en principe, est la transformation (mutation) du premier.
Chaque hexagramme peut être décomposé en deux trigrammes, le supérieur et l'inférieur. D'autre part, on trouve dans chaque tri-, ou hexagramme, des places "fortes" ou "faibles" : dans un trigramme, c'est le deuxième trait qui correspond à un emplacement propice, mais pour un trait yang uniquement. Notez : les tri-, ou hexagrammes se lisent toujours de BAS en HAUT, par analogie avec la croissance d'une plante.
Voici l'hexagramme ZHONG FU, hexagramme n°61 (La photo est en tête d'article) et son commentaire : "En haut, le trigrammme XUN, le vent, le doux. En bas, le trigramme DUI, le lac, le joyeux. Le vent souffle sur la montagne et meut la surface de l'eau. Ainsi se manifestent les effets visibles de l'invisible. L'hexagramme se compose de traits yang dans ses parties inférieure et supérieure, tandis qu'au centre il est creux, il est libre : cela indique un coeur libre de préjugés et, par suite, capable d'accueillir la vérité. Par contre chacun des trigrammes a un trait plein (yang) en son centre (donc en place "forte") : ainsi se trouve traduite la force de la vérité intérieure dans les effets qu'elle opère.
Les propriétés des trigrammes sont : en haut, la douceur, la bienveillance envers ce qu'il y a en dessous. En bas, la joie dans l'obéissance à ce qu'il y a au dessus. De telles dispositions créent la base d'une confiance réciproque qui rend le progrès possible.
Le caractère FU est en fait l'image d'une patte d'oiseau au-dessus d'un oisillon : il contient l'idée de couvaison (NB : on trouve la même chose dans le nom chinois de Daphné...) L'oeuf est creux. La vertu vivifiante du printemps lumineux doir agir de l'extérieur. Mais il est nécessaire qu'un germe de vie existe déjà à l'intérieur pour que la vie s'y éveille"
Ce texte n'est que la présentation générale de l'hexgramme par Richard Wilhelm, traducteur excellent du Zhou Yi. L'oeuf, .... ça ne vous rappelle rien ? En fait, ce texte décrit quelque chose qui nous rassemble, qui ressemble à une certaine classe, ... Avant qu'un pilier ne s'écroule, que le soleil parte se coucher vers l'ouest et que coulent des fleuves, des larmes, vers la mer de Chine, vers l'est, vers le printemps d'où nait autre chose. le piler qui s'écroule, et nous nous rapprochons, dans cette confiance confucéenne dont cet hexagramme est plein...
