zhu lin qi xian

xue ou xuexi?

le 08/09/2006 à 22h00

"WO XUE HANYU", "j'apprends le chinois"... vous connaissez !


On dit XUE, apprendre, mais aussi XUE XI. Pourquoi XUE XI ?


Vous le savez, le chinois moderne est dissyllabique et préfère XUE XI à XUE. Que signifie XI ? Non pas apprendre, mais pratiquer, s'exercer, étudier tout seul. Bref, faire l'éxpérience de.


L'association de XI à XUE vient de la première phrase des entretiens de Confucius : "Xue er shi xi zhi, bu yi yue hu ?" C'est de la langue classique et signifie mot-à-mot : "XI, apprendre;ER, et ; SHI, temps (à temps, au moment opportun); XI, pratiquer, exercer; ZHI, pronom C.O.D.(ceci, cela); BU YI...HU, forme rhétorique= N'est-ce pas là....?; YUE, le bonheur.


"Apprendre et exercerer ce que l'on apprend au moment opportun, n'est-ce pas là le bonheur?"  Cela signifie que pour Confucius (551-479 avant JC) apprendre ne consiste pas à ingurgiter un certain savoir, être diplômé après l'école, puis s'en aller sur les routes imposer ce savoir fixe. Cela récuse le "Je sais alors écoute-moi !!!" ("Toi, tu ne sais pas, alors je ne t'écoute pas parce que tu ne sais pas ce que j'ai appris!") ou autre "C'est prouvé alors, ta gueule!")


Pour Confucius, apprendre est quelque chose qui se confronte sans cesse à ce qui remet en cause notre "savoir". Apprendre n'est pas un acquis mais quelque chose toujours en perpétuel devenir. Les "principes" se démontrent très facilement, mais leur antithèse se démontre tout aussi facilement (cf : les dux enfants qui se disputent à propos de la distance du soleil à la terre...)


XUE, c'est "moi je sais" XUE XI, c'est "TU fécondes de que je sais par ce que tu sais" XI, c'est la dimension de la pratique, de la vie, donc de la rencontre avec les autres...


XUE XI : XUE pour "c'est commercial" XI pour "finalement, ça se laisse écouter" (merci Antoine !)


A ce propos, une petite anecdote : lorsque j'avais votre âge à peu près (et je ne l'oublierai jamais), j'étais fan (et je le suis encore) d'un groupe pop anglais, YES, cinq baba-cool planants, virtuoses et visionnaires, créateurs d'une musique onirique, violente et extasiée, colorée comme les rêves en couleur... Un copain du lycée m'avait dit "Tu pourrais me faire connaître?" Je suis donc allé chez lui un mercredi après-midi, près de la fac de lettres, avec ma pile de 33 tours de YES sous le bras. Dans sa chambre, nous écoutions cela assez fort et soudain, la porte s'est ouverte et sa soeur, 17 ou 18 ans, le visage radieux, nous dit : "Waouh ! C'est super ce que vous écoutez comme musique !!! C'est qui?" Son frère lui dit : "C'est YES!"... Le visage de sa soeur s'est fermé, elle a fait la moue et dit en haussant les épaules : "Ooooh ! Quel dommage !.. C'est nul YES !"..... C'est sûr : elle sait! Mais elle ne sait pas combien elle peut être sensible, combien son coeur sait mieux que sa tête !!! Elle a appris pour toujours (xue) mais elle ne réinvente pas son savoir (XI)....


Vous savez quoi ? Je suis sûr que depuis, elle a découvert que cette musique lui plaisait vraiment et qu'elle pouvait se débarasser de son ancien savoir.....comme d'autres ( moi, par exemple!)... qui au début...n'aimaient pas du tout YES....

rentrée encore

le 08/09/2006 à 21h39

...Rêver en cours... C'est la rentrée, après trois mois à vivre sans école... Pendant les interros, l'an passé, je vous regardais dans ce silence douloureux, vous, en train de vous malmener les méninges et à produire des copies si méritantes... Maintenant, c'est reparti pour un an....


Quand j'étais en seconde, j'avais un prof de français admirable, en tous cas je l'adorais. C'était pourtant un vieux curé... mais il était génial, passionné, amoureux de ce qu'il faisait... et de nous, ses élèves. Cet homme là m'a transmis la passion d'écrire, ...sa passion. Il avait publié deux recueils de poésie. C'était très catholique, vieillot,..mais plein d'amour.


     Arreté à un feu rouge avant hier, je pensais à vous et à ce sience douloureux des interros auquelles vous voilà encore soumis. J'ai pensé alors à un poême de ce prof, Antoine de L'escale.... "A l'étude, présence"


"L'odeur de vieux lexique est dans l'air. Sans vergogne,


la plume apesantie érafle son papier :


on est trente, cinquante. Et pourtant l'écolier


souffre seul. Sa pudeur à tous les yeux se cogne.


dehors le printemps rit : un volet se renfrogne,


rien ne parle des fleurs qu'un pas de jardinier.


Là-bas, autre jardin, autre pas familier,


autre pas où maman lui dorait la besogne !


Et sur le thème hostile ou le problème ardu,


un rêve berce-- plume en l'air et l'oeil perdu--


le gars qui voit revivre un geste de sa mère...


Mais dans le cher regard croyant lire un conseil,


de peur qu'une ombre y passe et mouille la paupière,


son front, face au devoir, s'est armé de soleil !"


(Antoine de L'escale. 1969)


... tout cela a un goût de ZEN...


Un rayon de lumière, une phrase d'un prof, une image un texte, le regard de l'un ou l'une d'entre vous,... et vous voilà parti(e)s à rêver...

zazen

le 02/09/2006 à 17h46

Réponse à Clémence, sur le ZEN.


Que la publicité utilise abusivement le terme ZEN c'est évident. La pub n'existe que pour nous contraindre, nous manipuler. Pour cela, elle observe nos goûts et passions, en récupère les thèmes en les vidant de leur sens... La pub traîne tout dans la boue, et le détourne pour faire de nous des pantins.


Effectivement, le Zen nous invite, entre autres, à nous libérer du désir de possession (y compris et surtout celui de la possession de la vérité) et ceci est bien sûr totalement en rupture avec ce à quoi la pub nous invite. On pourrait dire que les "publicistes" récupèrent le zen pour dire : "On va vous plumer, vous déposséder de votre âme et de vos rêves, vous endetter, alors...soyez "zen" face au mauvais traitement que la consommation vous inflige..."


     La première "récupération" occidentale célèbre du mot Zen, on la doit , je pense, à "37,2° le matin", un roman "branché" des eighties (de Philippe Djian) et le film éponyme de Jean-Jacques Beinex avec Béatrice Dalle. Celle-ci, dans un accès de colère, passe par la fenêtre toutes les affaires de son amant et dit : "Ca va être zen !" Il est évident qu'elle "n'est pas zen" du tout... Le problème c'est qu'on utilise zen comme un adjectif, alors qu'il s'agit d'un nom : celui-ci désigne une école, mieux, un art de vivre.


   "ZEN" est un mot japonais qui vient du chinois Chan, "la contemplation, l'illumination" On le voit souvent inscrit sur des bougies ou des photophores : non pas tant parce que la bougie éclaire, que parce que l'observation soutenue et "abandonnée" de celle-ci conduit à un état de méditation... En réalité, Zen désigne une école du bouddhisme, née en Chine au VII° siècle de notre ère, le Bouddhisme Chan, qui s'est exporté vers le Japon presque aussitôt en prenant le nom de Zen. C'est le "bouddhisme chinois", différent du Bouddhisme Tantrique (Tibétain) en ce sens qu'il est débarrassé de toutes cette forêt d'incarnations et représentations nombreuses de Bouddha : les temples tibétains sont encombrés de statues et effigies un peu... "étouffantes". Le bouddhisme Chan (zen) prône une simplicité extrème du décor religieux... dans ce domaine, les japonais ont porté au plus haut degré l'art des jardins Zen...


    Effectivement, il est question de calme. Entrer en méditation en cessant de penser (bien sûr "cesser de penser" intéresse la pub  et son entreprise de lavage de cerveau: "Ne pensez plus, on va vous dire comment penser") "L'arrêt de la pensée", dans le Zen, c'est ne plus imposer nos catégories mentales et nos "analyses" à notre sensibilité. Il ya une pression de nos opinions qui nous empêche de toucher le coeur des choses, qui relèvent du sensible et non de l'intellectuel. Comme toujours, nous avons tendance à confondre nos idées sur les choses avec les choses elles-mêmes. Ainsi, et cela est très oriental, ...il est impossible de définir le zen !!! On dit : "Dès que vous parlez d'une chose, vous la manquez !"


     En europe, Zen s'oppose à "stress".... parce que nous sommes stressés! Il ya eu le 11 septembre 2001 : le choc, l'angoisse lancinante, les cauchemars...Comment rester "zen" ? Lorsqu'il apprit le bombardement de Hiroshima, Gandhi "ne laissa paraître aucune émotion et ne dit rien. Il souffrait, c'est tout."  Il ya ces "fins analystes" qui nous font de merveilleuses théories sur l'avenir du monde : ils semblent brillants, en fait ils sont le reflet de la brutalité du monde, ils sont lâches en se calfeutrant dans de beaux raisonnements, et ils sont cruels car ils nous imposent leur peur, la peur, ..leur duplicité. Ils semblent sereins, mais eu fond, ils n'ont vraiment rien de "zen". Sur ces tragédies, il n'y a rien à dire, et quand on est capable d'assumer seul sa souffrance ou de la partager en confiance sans la reporter sur les autres par un discours "savant", la sensibilité devient reine : on s'approche de la pratique zen. Sans nous agiter dans des analyses qui nous brisent en morceaux, discours illusoires et finalament stupides car ils se démontent en vitesse, on finit par avoir, au coeur de la douleur, un coeur en paix, qui n'est pas perturbé.


Autre exemple : vous écoutez Marylin Manson ou quelque chose comme ça, quelque part ,et quelqu'un vous dit : "Oh ! Tu peux pas couper ton bastringue satanique, ça me stresse ! moi, j'écoute de la musique "zen" !" ...Mais,.... ça n'existe pas la musique "zen" ! Il n'y a pas de choses zen, il n'y a que des personnes zen ! L'écoute de la musique permet de s'isoler des stimulations pas forcément très intéressantes du monde extérieur : ces "perturbations" qui brisent notre âme en mille morceaux, en mille raisonnements vides de sens même s'ils sont logiquement élégants. Vous pouvez très bien plonger votre coeur dans cette paix en écoutant Marylin Manson ou de la techno hard-core ! Si c'est le cas, vous approchez de la méditation zen. Et vous ne le savez pas ! Et c'est pour cela que vous vous approchez du zen ! Ceux qui disent : "moi, j'écoute de la musique zen" ont défini le zen et par là-même, ils le manquent : la preuve, ils sont complètement stressés dès que le niveau sonore dépasse 60 décibels !!!


Dernière chose pour aujourd'hui : si vous pouvez lire tout mon charabia sans être énervé(e)s : vous êtes zen !!!       (Suite bientôt )


 

rentrée

le 01/09/2006 à 21h57

Bonjour tous !


Au mois d'août, je suis parti à Gérardmer pour enseigner au stage "bain de culture chinoise". Puis, une semaine de vacances en Bretagne dont je reviens juste. Bref, je ne me suis pas penché sur le blog pendant un mois, j'espère que vous ne m'en voulez pas !


Maintenant, c'est la rentrée.... un pincement au coeur pour tout le monde... Clémence a ecrit un commentaire récemment concernant le ZEN... C'est une question pas simple, je vous prépare une réponse pour bientôt( ce week end). Et bien sûr, je continuerai de vous écrire de nouvelles choses. A ce jour, il y a eu 238 visites du site ! C'est super... C'est le lien qui nous reste. Et mon école n'est pas loin...


Pour finir ce bref message de rentrée, voici un vieux texte chinois de Liezi, auteur de la période des Royaumes Combattants (486-221 avant JC)dont on ne sait pas grand chose, pas même le siècle où il vécut au cours de cette période :


"Il y avait, autrefois, dans le pays de Handan une coutume selon laquelle les habitants étaient tenus, le jour du nouvel an, d'offrir à leur roi une quantité de tourterelles pour les remmettre en liberté. Tous ceux qui en avaient offert étaient récompensés par le roi. Quelqu'un demanda au roi: -Vous vous faites offrir des tourterelles pour les remettre en liberté ; quelle peut bien être votre intention?


-C'est pour faire montre de ma clémence, les jours de fête, répondit le roi.


L'interlocuteur reprit : -Quand le moment est venu de vous offrir des tourterelles, les gens du peuple s'en vont pourchasser à qui mieux mieux ces pauvres oiseaux. Ils en tuent autant qu'ils en capturent. Si vous voulez vraiment faire preuve de clémence, ne vaudrait-il pas mieux interdire de les attraper? ce serait le plus sûr moyen de leur sauver la vie. A les attraper pour les libérer ensuite, on en fait mourir des quantités. Votre bienveillance ne paie pas le mal que vous causez !


D"un signe de tête, le roi convint que ces observations étaient justes."


Bon courage pour la semaine prochaine, et à bientôt, sur le net... à défaut de la salle A37.....


FP, Bao Shoufei

canicule

le 01/08/2006 à 13h26

La canicule, la chaleur.... C'est le temps qu'il fait en Chine tous les étés, avec toutefois de fréquents orages, souvent très violents, voire meurtriers (surtout dans les régions de bas-Yangzi). mais ceux-ci ne font que rajouiter un surplus d'humidité. Ajoutez à cela la pollution des grandes villes...!!!!


Il y , dans le calendrier lunaire chinois, qui découpe l'année en 24 périodes (2 par lunaison), une période qui correspond à fin-juillet / début août, les "futian", soit les deux semaines les plus chaudes de l'année....


Mais, en Chine, les éventails sont un produit courant, universel et aussi...unisexe ! Je me souviens, un jour de canicule, dans le métro (c'est encore pire) je m'éventais et une femme de 50 -55 ans environ s'est exclamée bien haut : "Et Ben! C'est bien la première fois que je vois un homme s'éventer !" Je lui ai répondu que dans certaines civilisations, on avait pas ce genre de problème !... Voilà bien là nos travers occidentaux, rationnels, cartésiens : l'idée, le concept, prévalent sur le sensible. Dans un monde où l'homme s'est accaparé tous les pouvoirs en se croyant supérieur aux femmes, l'homme est celui qui décide, édicte les lois, il est celui qui pense et donc ne ressens pas. Comment alors un homme aurait-il chaud? L'idée que l'on se fait de soi-même, mais surtout celle que l'on impose aux autres est plus importante que son propre corps et son ressenti.... S'éventer, c'est un signe de faiblesse, donc inconvenant pour un "homme (un vrai)".


Il ya un poème chinois sur le thème de la canicule, des futian, dans lequel il est dit : "Même la soie devient un lourd manteau..."


Dans un parc de Pékin, la parc Xuanwu, où je me promenais un dimanche matin, j'ai vu des gens agés qui dansaient des danses chinoise et occidentales dans un pavillon au bord de l'étang. Ils avaient tendu des draps blancs entre les colonnes du pavillon. Ils dansaient dans cette lumière adoucie et diaphane... A la lumière brutale du soleil éblouissant, les chinois préfèrent celle opalescente du jade, ou de la lune, de la brume qui s'enroule autour des montagnes dans les peintures de shanshui, la lumière quipasse à travers  les fenètres de papier de riz... A travers la porcelaine si fine... (nb : la porcelaine (ci qi) est une invention chinoise)...


La porcelaine ?    .........suite au prochain numéro

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