zhu lin qi xian

aimer la chine

le 27/07/2006 à 17h51

La porcelaine. Si fine que la lumière passe à travers. Comme un bol de brume qui retient un secret, un mystère qui n'est pas ici...


Une amie, que j'ai rencontrée en Chine, 33 ans aujourd'hui, m'a confié un jour que son attirance pour la Chine lui était venue lors de son enfance, avec les tasses de porcelaine chinoise de sa grand-mère. Elle était fascinée par cette opalescence, cette lumière douce et floue qui venait forcément d'ailleurs. Un mystère qui vient pourfendre ce monde trop brutal qui prétend tout expliquer de nous.


Les raisons qui nous poussent à aimer la Chine sont aussi différentes que nous sommes tous différents. L'une d'entre vous m'a confié qu'elle avait pris l'option chinois parce c'était une opportunité nouvelle, et notamment celle de quitter son village. Quelq'un m'a dit un jour avoir fait des études de chinois pour le seul motif de quitter sa provinciale ville de Nevers... Aujourd(hui, cette personne vit et traveille en chine....  C'est un "lâcher-prise", un oui à autre chose, sans projet bien défini, mais où l'on a simplement confiance en l'avenir, en un devenir, c'est s'abandonner au courant d'un fleuve plus puissant que nous-mêmes, et que le profil standard dans lequel "on" voudrait nous conformer.


Voici l'histoire de Solenne, de Mérignac, banlieue de Bordeaux. (Encore une fille ! Mais, vous le savez déjà : ce sont surtout des filles qui étudient les langues étrangères ) Je l'ai rencontrée en juillet 2001, dans la hall "arrivées internationales" de l'aéroport de Pékin. Elle avait 21 ans à l'époque. Nous venions de passer la nuit dans l'avion, pour passer un mois de stage de chinois dans une fac de Pékin. Un groupe d'une quarantaine de personnes environ. Hormis les deux organisateurs, je ne connaissais personne. Solenne non plus. Elle restait seule, accrochée à sa volumineuse valise, alors que le reste des stagiaires formait des groupes épars et volubiles. Il y a toujours beaucoup de gens assez peu modestes, qui ont "tout vu tout fait", qui parlent fort et se donnent l'air d'être aussi à l'aise à Pékin qu'à Montargis.


Elle, timide et pâle, détournait d'eux son regard inquiet (le soleil éblouissant) et me regardait, moi qui ne disais rien (les lumières opalescentes). Elle s'est approchée et m'a dit : "Monsieur, vous faites partie du groupe?  S'il vous plait, je dois absolument téléphoner à mes parents.. Je ne sais pas comment faire, et je n'ai pas d'argent chinois..." Je lui ai dit : "Mais vous savez qu'il est quatre heures du matin en France ?!" Elle m'a dit oui, mais qu'à toute heure de la nuit, elle pouvais appeler ses parents. Alors je l'ai emmenée dans une boutique de l'aérogare, je lui ai avancé 100 yuans pour acheter une carte 201 (carte de crédit prépayé), puis nous sommes allés à une cabine, je lui ai montré comment sélectionner la langue (Hum.... j'ai mis l'anglais.... C'est plus commode, je l'avoue... parce que j'ai horreur du téléphone ), puis comment entrer l'interminable série de chiffres, puis le code secret. Elle a composé son numéro, le combiné collé à son visage... Une grande inspiration, "Maman !!! C'est moi !!! Oui, je suis arivée, je suis à Pékin, tout s'est bien passé..."etc.... Elle a raccroché, le visage enfin détendu. Elle m'a souri.


Solenne, c'est une énigme... Elle m'a appris plus tard qu'elle venait de passer une licence de chinois... Et que c'était là son premier voyage en Chine !!! Sa valise était pleine de médicaments... En fait, elle avait peur de venir en chine ! Comme ma fille, qui est venue pour la première fois à l'âge de 11 ans : la première nuit...elle a fait du somnanbulisme ! Le stress ! Comme le dit un lama tibétain, Péma Chödron : "D'habitude nous pensons que les gens courageux n'ont peur de rien. En fait, ils sont intimes avec la peur." Lorsque j'ai proposé à Solenne de venir passer une nuit à la belle étoile sur un tronçon en ruine et désert de la muraille de Chine (ce qui est dangereux et interdit), elle a dit oui, malgré sa peur. Une fille discrète et "de bonne famille", qui a dit oui et est venue vivre cette expérience... Ces filles ont un courage qui devrait faire réfléchir tous ces "m'as-tu-vu" qui ont "tout vu tout fait"... des centres commerciaux et des restaurants huppés de Pékin ou shanghai...


Un soir, je rentrais d'une virée en vélo dans le centre de pékin, et, dans le hall d'entrée de la cité universitaire, j'ai vu plusieurs stagiaires, des jeunes, vautrés dans les fauteuils, à picoler bière et alcool de riz.... Ils m'ont invité, je suis venu sans me faire prier. Parmi eux, il y avait Solenne... Manifestement, elle a attendu que tout le monde parte se coucher pour rester avec moi, je le sentais, alors moi aussi je suis resté. Vers 23 h 30, nous étions tous les deux à bavarder. A minuit, le gardien nous a virés (hui ni de fangjian qu!). Dans ma chambre, nous avons bu du café et elle m'a raconté....


Quand elle avait 11 ou 12 ans, elle a commencé de rédiger un journal intime. Un jour où elle était au collège, sa mère est entrée dans sa chambre pour faire la ménage. Fortuitement, elle a découvert le journal intime de Solenne... On imagine la scène : elle s'assoit sur le lit et entame en silence la lecture voleuse.... Puis remet le journal en place... ainsi chaque semaine. Quelques années plus tard, à l'occasion d'une fête en famille, la mère, -peut-être avait-elle trop bu de champagne-, lui a tout avoué. Peut-être pour faire amie-amie, "je connais tes peines ma chérie".... Solenne s'est levée, est partie en courant s'enfermer dans sa chambre pour pleurer une nuit entière sur son lit trempé....


Il n'y avait plus rien à faire. En chinois on dit "fu shui nan shou" : "L'eau tombée à terre ne peut plus se ramasser" Mais elle se jura de trouver le moyen pour que personne ne puisse lire son journal, la cachette idéale... Un reportage à la télévision sur la Chine..... Solenne avait trouvé : elle allait apprendre la chinois !

sagesse chinoise

le 16/07/2006 à 22h26

Une vieille fable chinoise :


Un homme se promène dans un village, dans la rue, et soudain entend deux enfants se disputer violemment. Il s'approche d'eux et leur demande quelle est la raison de leur dispute. Ils sont véhéments et excités et n'arrivent pas à s'exprimer, mais finalement annoncent qu'ils se disputent au sujet de l'éloignement du soleil par rapport à la terre. L'homme leur dit que c'est là une drôle d'idée et les invite à exposer chacun à tour de rôle leur opinion.


Le premier enfant dit : "Le matin, quand le soleil se lève, posé sur l'horizon, il est énorme, grand comme un parasol. A midi, au zénith, il est tout petit, pas plus gros qu'une assiette. Or, plus on s'éloigne d'un objet, plus on le voit petit : le soleil est donc proche de la terre la matin et loin à midi !" "Très bien !" dit l'homme...


Le deuxième enfant dit : "N'importe quoi ! C'est nul ! Le matin, il fait froid, même en été ! Alors qu'à midi, même en hiver, il fait plus chaud que le matin !... Or, plus on s'éloigne d'un feu, plus on a froid... Donc, le soleil est plus proche de la terre à midi que le matin !"


L'homme ne dit rien et s'en alla, en les laissant se débrouiiler....


Quel est le sens de cette  histoire? Avez-vous une idée, vous ?

divers

le 16/07/2006 à 22h14

Quelques citations que je viens de trouver, dans une compilation.... (auteurs inconnus) :


"Les professeurs ouvrent la porte, mais vous devez entrer vous-même" (Alors, pour ça, je vous dit bravo d'être entrés)


"La prochaine fois que vous verrez la porte du bonheur se fermer devant vous, rappelez-vous qu'elle le fait pour que vous puissiez en ouvrir une autre"

sad story

le 16/07/2006 à 22h07

Une triste anecdote que j'ai vécue en Chine...


Lors d'une de mes pérégrinations interminables dans les ruelles de Pékin, les hutong, j'ai lu un jour sur une de ces banderoles rouges que l'on voit souvent en Chine, dans les villes, portant quelque slogan du gouvernement, la phrase suivante : "La police et la population assurent conjointement la paix et la sécurité". Il s'agit là de la survivance d'une vieille tradition chinoise, la "responsabilité collective" : il y a longtemps, un système de lois rendait chaque groupe social responsable collectivement des crimes et délits commis au sein de ce groupe. Si par exemple, un meurtre avait été commis, outre le criminel, sa famille, ses voisins, et autres personnes du village étaient punis également. Ce système était en vigueur dans les camps de concentration nazis (sans pour autant que la moindre loi y soit édictée puisque c'était là le règne de la barbarie la plus atroce...) c'est vous dire ! Un soir,  dans la belle ville de Suzhou, il m'a été donné de voir ce principe à l'oeuvre....


Ma famille et moi logions dans l'hôtel d'un campus universitaire. En sortant de l'hôtel, nous traversions un jardin et arrivions à la sortie du campus, passions la grille et partions, après avoir franchi un de ces innombrables canaux de la ville, le long des rues. Un soir, à la tombée de la nuit, nous sommes sortis pour aller déguster des jiaozi (raviolis) dans un restaurant tout proche. Lorsque nous sommes arrivés à la soortie du campus, la grille était fermée et d'autres personnes attendaient. J'ai demandé à un gardien ce qui se passait, et il m'a répondu qu'un cambrioleur avait été repéré sur le campus et qu'il fallait le bloquer... Bon... attendons.... Une Volskswagen Santana noire est arrivée (ces voitures, disparues d' europe depuis belle lurette, sont encore en production en Chine, et celles qui sont noires avec des vitres teintées sont généralement celles de personnalités officielles importantes...) Alors là, bien sûr, les gardiens ont fait un effort, ils ont brièvement ouvert la grille roulante pour permettre à celui qui est peut-être le recteur de cette université (?) de partir. Tout le monde en a profité pour passer... La grille s'est refermée sur notre dos... Nous avancions sur le petit pont qui enjambe le canal quand soudain nous avons entendu des cris mâles surgir dans notre dos. Nous nous sommes retournés, et, sur les plates bandes fleuries du jardin à l'entrée du campus, nous avons vu courir un homme, comme un dératé, poursuivi par d'autres hommes criards ... c'était ce fameux cambrioleur ! L'homme a aperçu qu'il restait un espace de 50 centimètres entre la grille et le mur... son seul espoir de salut. Les poursuivants ont hurlé, le gardien et ses copains ont couru intercepter le fuyard qui réussit à engager son corps dans la fente, l'ont saisi par les jambes alors qu'il était presque tiré d'affaire, l'ont tiré avec force vers l'intérieur, sans ménagement, l'homme est tombé et s'est cagné fortement la tête sur le sol, les concierge, ses potes et les poursuivants se sont jetés sur lui et l'on roué de coups sur tout le corps, le sang jaillissait de son visage, et ils frappaient, frappaient jusqu'à ce que l'homme fût assommé... je regaardais cela, médusé, ma femme me disais "mais ne regarde pas ça, partons, il ne faut pas que les enfants voient ça!"... c'était trop tard..ils avaient vu....


Alors que nous marchions vers notre restaurant, nous avons entendu la sirène des policiers qui arrivaient. leur travail mâché par de simples quidam.....


bosses

le 12/07/2006 à 19h07

Bonjour ! Je vous remercie pour vos encouragements... j'en ai bien besoin...je suis très nul en informatique et régulièrement, je tape des articles qui disparaissent !!! C'est ma fille qui m'aide et m'explique (elle est très patiente !) Les psycholoques disent que l'informatique et autres technologies contemporaines sont "générationnelles"... Je suis trop vieux quoi ! Il y a une sentence taoïste célèbre, une sorte d'énigme visant à épuiser la "logique" (ce qu'on appelle KOAN dans les pratiques zen... On en reparlera) : "Quel était ton véritable visage avant la naissance de tes parents?" ...Et je viens de dire à ma fille, comme je pourrais vous le dire : "De toutes façons, tu savais déjà ce qu'est un blog quand moi je n'étais pas encore né!"


Bon. Dans le deuxième article, je vous parle de ce que j'appelle "les bambous" du parc sainte marie, mais Alice m'a dit que beaucoup d'entre vous désignent ce lieu par "les bosses". Cet endroit est une réplique à peu près fidèle d'un jardin chinois, ceux-ci étant une représentation en miniature du paysage naturel : on y trouve la forêt (les bambous), la montagne (les "bosses") et la mer (le bassin). D'ailleurs, paysage se dit en chinois, surtout lorsque l'on évoque sa capacité à nous faire rêver, nous évader en dehors du monde urbain, influence taoïste : Shan shui = Montagne et Eau.


La montagne : Elle est constituée d'un tas de terre (généralement celle qui fut dégagée pour creuser le bassin!), armé de poutres de bois et hérissé de pierres trouées et polies par l'eau, puis, agrémenté d'un sentier, et de grottes, voire de labyrinthes... C'est généralement un lieu adoré des enfants (je me fie à l'expérience des miens!) Et c'est normal : l'enfant grandit, il est très yang... et la montagne est yang : c'est escalader, tracer un chemin que les autres vont suivre, c'est vouloir être imité, être un modèle de courage et de vertu. c'est assez confucéen au fond... Oui, c'est yang... En outre, les montagnes condensent l'air chaud et humide, forment les nuages et font tomber la pluie qui va faire fructifier la terre. MAIS, bien sûr, la montagne a un sommet...un excès, un épuisement de son ascension...: il faut redescendre!


C'est l'eau ! C'est le bassin, ... l'élément yin du jardin chinois. L'eau descend du ciel, descend le long des montagnes, soumise à la configuration du terrain. Elle s'abandonne. Elle est curieuse, elle s'infiltre sans projet et nous emmène découvrir ce qu'on ne supposait pas. L'eau est calme, elle s'abandonne dans les creux de la terre, elle reflète, elle est le miroir du ciel et de l'âme, de nous-même. Profonde, dangereuse...les abîmes de notre existence.


L'eau... thème majeur dans la pensée chinoise. Voici ce qu'en dit le chapitre 8 du Laozi :


"Le bien suprème descend d'en haut à la manière de l'eau/ L'eau gratifie les dix-mille êtres, ne dispute rien à personne, et séjourne aux lieux dont chacun se détourne. Ceux qui furent proches de la Voie amaient habiter à même le sol, placer leur coeur dans l'abîme, donner largement à tout homme, dire des paroles authentiques...." (Traduction : Claude Larre)


Ce qu'il manque, par contre, au parc ste marie, c'est un kiosque, un pavillon. Comme dans les peintures de paysages "shanshui", toujours on voit une maison, une chaumière, un pavillon,... présence de l'homme dans la nature... au lieu de s'en exclure comme on le fait en occident. Dans les jardins chinois on trouve souvent, à côté du bassin, un "pavillon pour écouter la pluie", se délecter du bruit que celle ci fait sur les feuilles de bananier et de son odeur qui monte... N'aimez vous pas l'odeur qui se dégage, tant de l'herbe que du macadam, lorsque tombent les premières gouttes de l'orage? C'est mieux que d'entendre les empiternels "Pffff! La barbe ! Encore la pluie! Mais il pleut tout le temps dans cette Lorraine pourrie!" ( Moins qu'à Toulouse ou Bordeaux (et je ne parle pas de Brest, Nantes ou Le Havre), mais, comme dans l'histoire du paysan qui va s'acheter des chaussures avec sa paille, "la mesure est plus importante que le sensible" !)


Alors, pour finir et illustrer cet écart homme-nature, un poème de Yang Wanli (1124-1206, dynastie Song... 1206, est l'année où Gengis Khan a accédé au pouvoir : tremblez, chinois !):


LA PLUIE SUR LE BANANIER


Que le bananier a de joie à recevoir la pluie!


Le bruit, toute la nuit, fut clair et plaisant:


Tantôt sons menus d'une mouche heurtant une vitre de papier,


Tantôt fracas puissant de cascade dévalant les montagnes.


Au tintement limpide des gouttes espacées,


Toute autre rumeur s'est tue en ce calme soir d'automne.


Le bananier est heureux, mais l'homme s'attriste: mieux lui plairait que le vent d'ouest s'arrête


Et que cette pluie cesse.


(traduction : Pénélope Bourgeois (aucun rapport avec l'internaute !!!)


 

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